Une femme est-elle rédactrice web ou rédacteur web ?

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Rédacteur web, un métier du numérique très féminisé

Rédactrices web, vous vous posez sans doute la question : dois-je me présenter comme rédacteur ou rédactrice web dans ma communication ? Dois-je, en tant que femme travaillant dans le digital, privilégier l’inclusivité et l’égalité homme/femme ou préférer ma visibilité ? C’est cette problématique du nom de métier féminisé que pose une « cheffe de projet » sur LinkedIn .

Je vous propose quelques éléments de réflexion pour vous aider à prendre votre décision.

Rédacteur web, un métier de femme ?

Je n’ai pas trouvé de statistique fiable concernant la répartition homme/femme dans le milieu de la rédaction web. Mais il suffit de s’intéresser à ce métier et de circuler sur les réseaux sociaux pour conclure que les femmes y sont largement majoritaires.

Lucie RONDELET a ouvert la voie de la reconnaissance du métier et s’est entourée de rédactrices. Elle a d’ailleurs créé avec Violaine Berlinguet le webzine « Celles qui osent », qui aborde exclusivement des sujets féminins.

Une recherche concernant la rédaction web vous amènera souvent sur des blogs d’entrepreneuses « mères au foyer » comme celui-ci. Elles vous expliqueront que c’est le métier idéal pour concilier travail et vie de famille.

Mais cela ne suffit pas à expliquer la féminisation de cette profession. Car le milieu des métiers du digital est principalement masculin, alors que le développement, l’analyse SEO, etc. permettent également de travailler depuis le domicile.

Comment un métier devient-il un métier de femme ?

Les femmes occupent majoritairement les postes dans les métiers du soin et des services à la personne. Infirmière, aide-soignante, caissière, femme de ménage, institutrice, tous ces métiers s’écrivent au féminin.

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Beaucoup expliqueront cette féminisation par des caractéristiques intrinsèques associées à l’image de la femme : l’attention aux autres, la patience, le peu de force physique, etc. Toutes choses que l’on sait aujourd’hui liées à l’éducation et à la culture portées par notre société patriarcale. Mais ces explications peuvent être facilement contredites selon les métiers.

Une chose est pourtant commune à tous ces métiers : la faible rémunération.

Nous tenons là un élément de réponse.

Alors, une rémunération faible induit-elle la féminisation, ou la féminisation induit-elle une rémunération faible ? Qui de la poule ou de l’œuf… ?

La place de la femme dans le digital

Pour tenter de trouver une réponse à cette question, intéressons-nous au domaine du numérique.

Vous avez sans doute entendu parler d’Ada LOVELACE, qui dès le 19e siècle a formalisé le principe de programmation. Vous connaissez peut-être moins Grace HOPPER qui a conçu le premier compilateur, Margaret HAMILTON, en charge de la conception de tous les logiciels embarqués dans la fusée de la mission Apollo, Frances ALLEN, première femme à obtenir le prix Turing pour ses travaux sur la compilation. Autant de femmes qui devraient être célèbres et ont été invisibilisées.

Dans les années 70, les femmes représentaient environ 40 % des effectifs dans les filières informatiques. Alors, où sont-elles passées ?

L’essayiste américaine Claire L. Evans, auteur du livre Broad BandThe Untold Story of the Women who made the Internet (2018), propose une explication :

« À la fin des années 90, quand l’informatique et le numérique ont pris de la valeur et qu’on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’argent en jeu, c’est là qu’on a vu les femmes quitter progressivement le terrain. Non par choix, mais parce que les hommes voulaient absolument ces métiers, réalisant qu’ils pouvaient y revendiquer un statut particulier. »

Car c’est bien la « valeur » de ce métier qui a conduit à sa masculinisation et non pas ses spécificités. Et une fois qu’une chose a acquis de la valeur, faites confiance aux biais médiatiques pour renforcer l’idée que cette chose ne peut être que l’affaire des hommes.

Petit test : citez 3 grands noms de la tech.

Combien d’entre vous ont pensé à Susan WOJCICKI, Melanie PERKINS ou Lucy PENG ? (Je vous laisse le soin de découvrir qui sont ces femmes si vous ne le savez déjà.)

Rédacteur web, un métier du digital ?

Les métiers du digital sont donc aujourd’hui principalement occupés par des hommes. Rappelons que les femmes représentent 17 % des emplois du numérique en 2020. Ce chiffre a peu progressé les dix dernières années.

En termes de féminisation, la rédaction web est donc à part dans le secteur du numérique.

Mais fait-elle réellement partie de ce secteur ? Cela n’est pas évident pour tout le monde. Une école spécialisée dans les métiers du digital, dans un test d’entrée, posait la question : quelle profession ne fait pas partie des métiers du digital ? La réponse était évidemment rédacteur web !

Cette école était-elle influencée par l’idée que ce métier n’est pas assez qualifié pour appartenir au monde digital ?

La rédaction web, métier du digital pourtant féminisé

La rédaction web n’a rien à voir avec les métiers du soin ou de l’aide à la personne.

Mais le problème de la « valeur » de ce métier se pose. Mal reconnu, souvent sous-payé, car beaucoup pensent qu’il suffit de savoir écrire pour être rédacteur web et que tout le monde sait écrire. Selon eux, le rédacteur web n’apporte pas de valeur ajoutée, il exécute seulement des tâches chronophages. Ce ne serait donc pas un métier du digital, et les hommes ne souhaitent pas l’investir.

Sérieusement ? Qui connaît parfaitement les algorithmes des moteurs de recherche et utilise les outils d’optimisation comme Yourtext.Guru pour créer les contenus ? Qui maîtrise les stratégies de web marketing pour que ces contenus convertissent ?

La rédaction web est sans conteste un métier du monde digital. Elle devrait donc attirer les hommes comme les autres métiers de ce secteur.

Mais finalement, je choisis rédactrice web ou pas ?

Résumons : la rédaction web est un métier très féminisé, c’est aussi un métier en recherche de reconnaissance dans le secteur du digital et faiblement rémunéré. L’acception « rédactrice web » devrait donc être reconnue, au même titre qu’infirmière ou caissière.

Pourtant Google nous donne la réponse suivante :

Et c’est la même chose sur le réseau professionnel LinkedIn.

Les outils à notre disposition ne savent pas gérer la féminisation des noms de métier.

À moins que les algorithmes aillent dans le sens de la société patriarcale…

Rédactrice et rédacteur web en même temps : la solution pour parler de notre métier ?

Comme pour la question de la poule et de l’œuf, il est impossible de conclure sur ce sujet, mais les mots ont leur importance.

L’idéal serait de trouver un nom épicène qui puisse remplacer « rédacteur ». En anglais, c’est déjà le cas, « rédacteur web » se traduit par « web editor » ou « web writer », tous deux neutres. Les femmes pompier anglo-saxonnes demandent ainsi que les « firemen » soient nommés « firefighters ».

Alors, rédactrices web, allons-y !

  • Défendons l’inclusivité et militons pour l’utilisation d’un nom féminisé : choisissons « Rédactrice web » et soyons-en fières.
  • Mais soyons rusées et sachons exploiter les robots (car ce ne sont que de stupides robots) : plaçons la mention « Rédacteur web » dans notre bio, cela nous permettra d’être visibles dans les recherches !
  • Et soyons fières de la valeur de notre métier de rédacteur·rice web, qui a toute sa place dans le monde numérique. Mais cette fois-ci, quand notre métier sera reconnu à sa juste valeur, nous ne céderons pas notre place à nos collègues masculins !

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2 réflexions sur “Une femme est-elle rédactrice web ou rédacteur web ?”

  1. Avatar

    C’est vrai que le sujet n’est pas anodin, pourriez vous nous dire ce que vous pensez de “rédac’ web” … la tendance est d’aller au plus court ; ainsi DRH , Dircom ,…sont devenus des classiques qui ne sont pas genrés ./ Merci encore de nous aider dans ces choix délicats.

  2. Avatar

    Je me suis très souvent posée cette question sans parvenir à trancher. Merci pour cet article et pour les pistes à exploiter

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